Fausses promesses ou réelles avancées en matière de prise en charge de l'obésité, les médicaments nouvelle génération "les incrétinomimétiques" ont fait leur apparition dès 2021 avec le liraglutide (Saxenda®), le sémaglutide (Wegovy®) du danois Novo Nordisk, puis en 2023 le tirzépatide (Mounjaro®) de l’américain Eli Lilly.
Ces traitements miment les incrétines, une classe d’hormones digestives qui comprend notamment le GLP-1 (glucagon-like peptide-1) et le GIP (glucose-dependent insulinotropic polypeptide). Secrétées après le repas, ces incrétines agissent sur le pancréas pour augmenter la production d’insuline.
En se fixant sur les récepteurs naturels du GLP-1 ou du GIP, les incrétinomimétiques ont une triple action : augmentation de la sécrétion d'insuline par le pancréas, ralentissement de la vidange gastrique et action sur le cerveau pour augmenter la sensation de satiété. Ce qui permet finalement de moins manger et donc de perdre du poids.
Ces molécules appelées également "analogues du GLP-1" (comme le liraglutide ou le sémaglutide) ne sont pourtant pas nouvelles, puisqu'elles sont utilisées depuis 2007 pour le traitement du diabète de type 2. Lors de suivis à long terme de patients diabétiques traités par ces molécules, les chercheurs se sont rendu compte qu’ils permettaient aussi, chez certaines personnes, de perdre du poids.
Selon les études cliniques menées depuis 2022, les résultats de ces nouveaux médicaments anti-obésité sont spectaculaires. La perte de poids espérée au-delà d'un an de traitement peut atteindre 5%, 10% voire 15% du poids initial (étude clinique qui a porté sur 9 193 malades traités par tirzépatide et 32 030 autres sous sémaglutide pendant 17 mois, INSERM Magazine N°61 - dossier obésité).
Toutefois, ces médicaments ont leurs limites car leur efficacité s'estompe à l'arrêt du traitement (une étude menée auprès de 783 patients a révélé que 13 mois après avoir interrompu le tirzépatide, les participants ont regagné 70 % du poids perdu). Par ailleurs, ils présentent des effets secondaires fréquents (nausées, diarrhée, constipation...), mais parfois des effets secondaires plus graves (risques de pancréatite, d'occlusion intestinale, d'une gastroparésie soit un dysfonctionnement des muscles de l’estomac qui l’empêche de se vider correctement).
Enfin, ces traitements ne sont pas efficaces sur tous les patients. Selon les molécules, environ 20% à 40% des patients n'ont pas eu de résultats significatifs en termes de perte de poids (est considérée comme un échec une perte de poids à 3 mois inférieure à 5 %).
Remboursés en France à partir du lundi 15 juin 2026, les médicaments Wegovy et Mounjaro vont désormais bénéficier d'une prise en charge à 65% du coût des traitements par l'Assurance maladie, mais à des conditions restreintes. Seuls les patients atteints d’obésité massive sans comorbidité (IMC >40) ou d’obésité sévère (IMC de 35 à 40) avec comorbidité, pourront bénéficier de cette prise en charge.
Autrement dit, ceux dont le risque de complications est le plus élevé et pour lesquels les autorités sanitaires espèrent que ces traitements présenteront un rapport coût-efficacité avantageux.
Car ces médicaments ont un coût élevé (environ 300 euros par mois jusqu’à présent) et nécessitent d'être pris sur une très longue période, si ce n'est à vie pour maintenir leurs effets !
De fait, ces nouveaux traitements resteront d'un accès limité pour les personnes en surpoids ou obèses, et ne remplaceront pas totalement les autres prises en charge de l'obésité sévère dont la chirurgie bariatrique.
En cas de surpoids, ou d'obésité modérée, pour un contrôle du poids durable, une alimentation équilibrée et une activité physique régulière sont les meilleures stratégies à long terme.
En conclusion, qu’ils soient utilisés seuls ou en association, les traitements actuels ne suffiront pas à mettre un terme à l’épidémie mondiale d’obésité!