La maladie cœliaque : l'éviction du gluten ne suffit pas !

La maladie cœliaque : l'éviction du gluten ne suffit pas !

La maladie cœliaque est une maladie chronique de l’intestin. Plus précisément, il s’agit d’un syndrome de malabsorption en raison d'une altération physiologique de la muqueuse intestinale au niveau de l'intestin grêle liée à une atrophie des "villosités intestinales" chargées d’absorber les macro et micronutriments.

La muqueuse intestinale (ou paroi intestinale) est la « barrière » entre le milieu intérieur de l’organisme et le milieu extérieur ("la lumière intestinale"). 

Quand la muqueuse intestinale est intègre et en bonne santé, elle ne laisse passer ni les agents pathogènes, ni les toxines, ni les protéines ou les peptides alimentaires à caractère antigénique, ou alors en quantité insuffisante pour déclencher une réaction inflammatoire et/ou immunitaire. 

L’alimentation est l'un des principaux facteurs pouvant moduler le développement du microbiote intestinal (ou "flore intestinale") et impacter l’intégrité de la muqueuse intestinale.

Mais d'autres facteurs peuvent également générer des lésions cellulaires et tissulaires importantes, favorisant de ce fait une hyperperméabilité de la muqueuse intestinale :

  • Certaines infections bactériennes, (Staphylocoques, Candida Albicans,...), la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), la prise d'antibiotiques,
  • Et d'autres facteurs qui déterminent le seuil de tolérance d'une protéine alimentaire (caséines du lait, gliadines du gluten,...) au-delà duquel celle-ci va déclencher une réaction immunitaire : 
    • la prédisposition génétique,
    • la nature et la dose de l'antigène (protéines et peptides alimentaires) ingéré provoquant la réaction immunitaire,
    • la fréquence d'ingestion,
    • l'âge du premier contact avec l'antigène.

La tolérance est notamment permise grâce à l’existence de certaines bactéries du microbiote intestinal, qui limitent l’action/réaction du système immunitaire.

En ce sens, la maladie cœliaque est plus une allergie qu'une intolérance !

Cette maladie est déclenchée par l'absorption de gluten, qui engendre une intolérance de l'organisme aux protéines de céréales que sont les blés (blé tendre ou froment, petit épeautre, kamut, blé dur), l'orge, le seigle et l'avoine.

Ces quatre céréales ont la spécificité de contenir une protéine commune : le gluten.

A l’inverse le riz, le maïs et les céréales africaines (millet, sorgho, fonio) en sont dénués et sont génétiquement très éloignés du blé.

Selon le Pr Jean Seignalet, depuis les débuts de l’agriculture il y a 10 000 ans, les céréales ont subi (au même titre que le maïs) beaucoup trop de modifications génétiques pour que les enzymes digestives et les mucines d’une partie de la population humaine puissent être capables de les reconnaître et les digérer totalement. Par ailleurs, le gluten subi de nouvelles modifications moléculaires sous l’effet de la cuisson à température élevée.

En résumé, la réaction immunitaire au gluten est la résultante d’une hyperperméabilité intestinale et/ou d’une perturbation du microbiote intestinal, dont les origines peuvent être :

  • Une alimentation inadaptée et déséquilibrée : manque d’apport en antioxydants, vitamines, oligo-éléments et minéraux, déficit en acides gras polyinsaturés de type oméga 3. En revanche, excès de graisses trans, d'acides gras saturés, d'acides gras polyinsaturés de type oméga 6. de sucres, d'additifs alimentaires, d'alcool, de bière, etc.
  • Une insuffisance de mastication (la digestion commence dans la bouche grâce à l'action des enzymes salivaires).
  • Le mode d’accouchement qui impacte le microbiote du bébé à la naissance (la césarienne empêche la transmission du microbiote maternel au bébé).
  • La prise d’antibiotiques ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens.
  • Une pratique sportive intensive associée à une déshydratation.

Tous ces facteurs favorisent une inflammation chronique de l'intestin et l'émergence de pathologies comme les MICI (maladies inflammatoires chroniques de l'intestin), la maladie cœliaque, les colopathies fonctionnelles (inconfort digestif, ballonnements, troubles du transit tels que diarrhées, constipation chronique, alternance diarrhées/constipations, colites), des troubles inflammatoires chroniques extra-digestifs mais impliqués par la dysbiose intestinale (tendinites, troubles ostéoarticulaires, douleurs musculaires chroniques, migraines, problèmes cutanés,...).

La réaction immunitaire face à certaines protéines alimentaires, dont le gluten, est par conséquent individuelle, multifactorielle et interdépendante. 

La prise en charge de cette maladie ne peut donc être qu'individuelle et plurielle. Elle consistera à prendre soin de sa muqueuse intestinale, à restaurer l'équilibre de son microbiote intestinal et en l'éviction du gluten de son alimentation.

 

Une prise en charge en 3 temps :

1er temps : réparer et préserver l'imperméabilité de la muqueuse intestinale

Adoptez une alimentation anti-inflammatoire (voir mon post sur l'alimentation anti-inflammatoire)

  • Cuisinez au maximum et confectionnez vos petits plats maison !
  • Limitez les aliments potentiellement irritants : légumineuses, graisses cuites, fibres dures (choux, oignons, poivrons, tomates, concombres,...), fruits insuffisamment murs, les aliments acidifiants (se référer au tableau des aliments avec leur indice PRAL).
  • La spiruline est un super aliment alcalifiant du fait de sa teneur en chlorophylle. Par ailleurs, c’est une source de bonnes protéines, de fer et d’antioxydants.
  • Consommez les fruits à distance des repas pour une meilleure digestion (vers 17H)
  • Buvez suffisamment (1,5 à 2L d’eau par jour) : eau peu minéralisée, thé vert, infusions. 
  • Evitez les excitants: café, sodas, boissons énergisantes
  • Privilégiez une alimentation riche en omega-3 : huiles de chanvre, de lin, de cameline, de colza à consommer crues (en assaisonnement), et les petits poissons gras (sardines, maquereaux, anchois) et les poissons sauvages. Evitez les poissons d'élevage comme le saumon, la truite à moins d'être bio.
  • Respectez une cuisson douce de vos aliments (vapeur, à l'étouffée)
  • Gérer votre stress par des techniques de respiration, par la pratique du yoga, la sophrologie et d'autres méthodes de gestion émotionnelle.

2ème temps : restaurer l'équilibre de son microbiote intestinal

Un déséquilibre de la flore intestinale avec la prolifération de certaines bactéries pathogènes au détriment des bactéries commensales, bonnes pour notre santé (on parle alors de dysbiose intestinale) est le terrain propice à la malabsorption des nutriments par l'intestin grêle.

Cette malabsorption des nutriments est à l'origine de carences en vitamines, oligo-éléments et minéraux, indispensables pour le bon fonctionnement de nos enzymes digestives et pour l'ensemble de nos réactions biochimiques (synthèse des hormones, des neurotransmetteurs, etc...).

Le recours à des probiotiques (en cure de 1 mois minimum, 2 fois par an, ou de façon ponctuelle en cas de prise d'antibiotiques) permet de rééquilibrer le microbiote intestinal.

Une supplémentation en L-glutamine (un acide aminé, carburant des cellules de la muqueuse intestinale et des cellules immunitaires), à prendre en cure ponctuelle de 2 à 3 mois.

Un apport en oméga-3 et en prébiotiques sera bénéfique pour enrichir le microbiote en bonnes bactéries protectrices.

De façon générale, la maladie cœliaque impose une supplémentation, qui va être capitale pour restaurer la paroi intestinale mais aussi fournir à l’organisme tous les nutriments, dont il a manqué en raison de la malabsorption que cette maladie engendre.

La carence en fer (à faire confirmer par un bilan sanguin) et en vitamines B9 et B12 est très fréquente : faire des cures de bisglycinate de fer dès que la carence est avérée. Les vitamines B9 et B12, comme le fer, sont importantes pour la production d’énergie et leur carence peut entraîner une anémie.

Un apport en vitamine D est primordial également. La carence est également fréquente du fait de la malabsorption des autres vitamines et minéraux nécessaires à sa synthèse par l'organisme. La vitamine D joue un rôle fondamental, dans la régulation du système immunitaire, ainsi que dans la calcification des os.

Or, la maladie cœliaque peut entrainer une ostéopénie voire une ostéoporose précoce, et donc une fragilité osseuse.

Les vitamines A, E, K sont comme la vitamine D des vitamines liposolubles, c’est-à-dire qu’elles ont besoin de graisses pour pouvoir être absorbées. Or, en cas de maladie cœliaque, les graisses sont mal absorbées et se retrouvent dans les selles.

Elles sont essentielles pour leur rôle antioxydant (vitamine A et E) ou pour la calcification des os (vitamine K).

Toujours en raison de la malabsorption intestinale, une cure régulière de magnésium et de zinc sous forme bisglycinate, accompagné de vitamine B6 et de taurine, est nécessaire 2 à 3 fois par an, pendant 2 mois.

Enfin, des cures régulières d'un mois de probiotiques tout au long de l'année peuvent réduire l'inflammation intestinale chronique.

3ème temps : l'éviction du gluten de l'alimentation

Comme on vient de le voir, la maladie cœliaque a un impact sur le microbiote intestinal en favorisant une inflammation de la paroi intestinale et peut donc favoriser l’installation d’une flore pathogène (une dysbiose) qui pourra, à son tour, aggraver les lésions et donc l’inflammation intestinale. Ce qui engendre un cercle vicieux d'inflammation chronique, et ce qui peut induire une résistance de la maladie au régime sans gluten.

Une éviction stricte et définitive du gluten est indispensable mais ne suffit pas à prendre en charge la globalité de cette affection.

Une supplémentation régulière en vitamines, oligo-éléments et minéraux est vitale pour accompagner cette maladie chronique de l'intestin grêle. La carence en micronutriments qu'elle engendre peut déclencher d'autres pathologies si ces carences ne sont pas comblées.

Il ne faut pas se mentir, le régime sans gluten est très contraignant et difficile à suivre si l'on ne change pas radicalement sa façon de s'alimenter et son mode de vie en général.

La solution ne peut pas être de remplacer des produits industriels "classiques" par d'autres produits industriels "sans gluten" !

Car ces produits, outre le fait qu'ils sont très chers, sont également ultra-transformés, et riches en additifs toxiques pour la muqueuse intestinale, ce qui renforce encore le syndrome de malabsorption et la perméabilité de la muqueuse intestinale.

Il faut donc sortir de cette simple logique de substitution pour repenser la façon de se nourrir lorsque l'on souffre de la maladie coeliaque.

  • La toute première chose à faire est de cuisiner soi-même, à la maison, des produits frais et bruts (légumes et viandes de qualité), et d'opter pour une alimentation biologique au maximum.
  • La seconde chose à faire est de bien lire les étiquettes, systématiquement.

Du gluten est rajouté en tant qu’additif dans de nombreux aliments : dans la charcuterie tels que le jambon ou le saucisson, dans les produits panés, frits, les sauces et les potages industriels, et dans la plupart des produits industriels ou plats préparés.

Les additifs à base de gluten, comme les amidons modifiés, les protéines de blé, la maltodextrine, l'arôme de malt, l'extrait de levure, et certains amidons comme la gomme d'avoine (E411) et les amidons traités (E1400 à E1411), le sirop de blé, sirop de glucose produit à partir de blé, doivent être indiqués sur l'étiquette.

La législation européenne (règlement UE N° 1169/2011) oblige les fabricants à indiquer la présence de gluten lorsqu’un additif provient d’une céréale contenant du gluten. Cherchez donc la mention « amidon de blé », « amidon de seigle », etc.

Il existe heureusement beaucoup d'aliments sans gluten :

  • Les pommes de terre, les patates douces (en frites) sont une bonne alternative aux pâtes. 
  • Tous les légumes verts, les légumineuses (riches en protéines), le soja, les poivrons, aubergines, courgettes, tomates, choux, ail, oignons, navets, poireaux, herbes aromatiques peuvent être consommés sans risque.
  • Les viandes peuvent être consommées sans risque mais attention aux plats préparés à base de viande.
  • Le jambon cru peut être envisagé mais lisez bien les étiquettes.
  • Les fruits de mer ne présentent pas le moindre danger.
  • Le riz, le quinoa, le sarrasin, le sésame et les pois chiches (en houmous maison)  peuvent remplacer les céréales interdites (orge, blé, seigle, épeautre, avoine).
  • La maïzena et la fécule de pomme de terre, la farine de sarrasin, la farine de châtaigne, la farine de manioc seront d'excellents substituts des farines classiques, en pâtisserie notamment (blinis, crêpes,...)
  • Les huiles d'olive, de colza, de noix, de lin, de chanvre riches en bons acides gras sont sans danger.
  • Les laitages sont également sans risque : yaourt, fromage blanc, fromages affinés de qualité. En revanche, évitez les fromages industriels et les desserts lactés, ainsi que certaines préparations industrielles à base de lait comme les flans, les crèmes, les mousses, les yaourts aromatisés, qui peuvent contenir des dérivés du gluten.
  • Préférez les préparations maison (crème caramel, crème aux œufs, mousse au chocolat noir).
  • A exclure : tous les produits panés ou en croûte, les pâtisseries industrielles, viennoiseries, biscottes, céréales du petit déjeuner, pâte à pizza, pâte à tarte, les pâtes et produits de panification, les biscuits industriels, les produits maltés et la bière. 
  • Evitez les charcuteries industrielles, le jambon cuit et en général tous les produits ultra-transformés (plats préparés, sauces, apéritifs et préparations à tartiner- faites les vous-mêmes !) contenant des additifs, conservateurs, exhausteurs de goût nocifs pour votre santé intestinale.
  • Faites vous même votre pain sans gluten (à base de farines de sarrasin, de châtaigne, de coco, de manioc, etc...) avec une machine à pain électrique. Ce sera plus économique et bien meilleur pour votre santé que les produits de panification industrielle sans gluten, riches en graisses trans et en additifs toxiques.

 

En conclusion, la démarche d'éviction du gluten dans l'alimentation de la personne atteinte de la maladie cœliaque (et pour les autres membres du foyer) ne peut suffire à elle seule à rétablir l'intégrité de la muqueuse intestinale, ni à faire disparaître l'inflammation chronique et la dysbiose intestinale. Un changement radical du mode de vie ainsi qu'une supplémentation régulière et à vie en vitamines, oligo-éléments et minéraux sont indispensables, dans le cadre d'un accompagnement par un naturopathe.

 

Sources : 

Jean Seignalet, L’alimentation ou la 3e médecine, 5eme édition. Ed. François-Xavier de Guilbert, 2004

Roberta Caruso, Francesco Pallone, Elisa Stasi, Samanta Romeo, Giovanni Monteleone, Appropriate nutrient supplementation in celiac disease. Journal : Annals of medicine 2014