L'impact du cadmium sur la santé humaine

L'impact du cadmium sur la santé humaine

Le cadmium est désormais largement étudié pour ses effets toxiques sur la santé
humaine.
Depuis 2010, de nombreux articles scientifiques et médicaux ont approfondi la
compréhension de son impact sur l’organisme.
Depuis 2015, l’Anses a été saisie pour étudier les effets du cadmium sur la santé
humaine, et pour définir une nouvelle valeur toxicologique de référence (VTR) par
ingestion. Elle a recommandé d’abaisser les niveaux de cadmium dans les engrais
phosphatés afin d’en limiter l’accumulation dans les sols en vue de réduire l’exposition des consommateurs par la voie alimentaire.
Il n’est pas question dans cet article de résumer l’ensemble de ces articles spécifiques mais de mettre en exergue la toxicité du cadmium pour la santé et d’orienter les lecteurs 

Contexte 

Le cadmium est un métal lourd qui se retrouve dans l’environnement (sols, eaux, air) du fait de sa présence à l’état naturel dans la croûte terrestre et des apports liés aux
activités industrielles et aux pratiques agricoles (utilisation d’engrais phosphatés).
Il pénètre facilement dans les végétaux par leurs racines, ce qui peut entraîner des
risques pour la santé du fait d’une exposition, principalement via l’alimentation.
Il est reconnu cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Il conduit à des atteintes rénales et à une fragilité osseuse lors d’une exposition prolongée, notamment par voie orale, via l’alimentation et l’eau de boisson, ainsi que par le tabac pour les fumeurs.
Le cadmium a été classé « cancérogène pour l’Homme » (groupe 1) par le Centre
International de Recherche sur le Cancer (CIRC) en 2012.

Les études montrent que certaines populations sont surexposées par l’alimentation, notamment les jeunes enfants (forte consommation en céréales), les fumeurs (présence de 2 µg* de cadmium dans une cigarette) et les femmes (notamment du  fait de fréquentes carences en fer).

*microgrammes (µg)

Effets du cadmium sur la santé 

1. Toxicité rénale
Les études confirment que le cadmium est particulièrement néphrotoxique, provoquant des lésions tubulaires rénales et favorisant l’apparition de maladies rénales chroniques, même à faibles niveaux d’exposition. L’accumulation du cadmium dans les reins est considérée comme un biomarqueur clé de l’exposition chronique.
C’est dans les reins que se concentre principalement le cadmium (environ 30 à 50% de la charge corporelle en cadmium s’y trouve).
Les autres tissus en contenant une part importante sont le foie et les muscles.

2. Effets sur le système osseux
Depuis 2010, plusieurs articles ont mis en évidence le lien entre l’exposition au
cadmium et la déminéralisation osseuse, favorisant l’ostéoporose et augmentant le
risque de fractures, en particulier chez les populations exposées via l’alimentation ou le tabac.

3. Incidence sur le cancer
Les publications récentes confirment une association entre l’exposition chronique au cadmium et une augmentation du risque de cancers, notamment du poumon, du
rein et de la prostate.
Le cadmium s’accumule en particulier dans le pancréas et est suspecté de jouer un rôle dans l’accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l’incidence du cancer du pancréas en France.

4. Autres effets sur la santé

    • Effets cardiovasculaires : augmentation du risque d’hypertension et de maladies cardiovasculaires.
    • Troubles du développement chez l'enfant : exposition prénatale associée à des troubles du développement neurocognitif chez l’enfant.
    • Effets immunitaires : perturbation du système immunitaire et augmentation de la susceptibilité aux infections.


Les sources principales d’exposition

Les principales sources d’exposition restent la consommation d’aliments contaminés par les sols ou par les eaux (céréales, légumes, fruits de mer), le tabagisme, et dans
certains contextes professionnels par l’inhalation de fumées industrielles.
Le cadmium est stocké dans les reins et le foie, où il s’accumule tout au long de la vie.
Les taux urinaires de cadmium reflètent l’exposition cumulative à long terme.
L’intoxication moyenne des Français au cadmium a pratiquement doublé en dix ans
entre les deux grandes enquêtes épidémiologiques réalisées par Santé publique France.
Nous sommes passés de 0,29 µg/g de créatinine* sur la période 2006-2007 selon
l’Etude nationale nutrition santé, ENNS à 0,57 µg/g sur la période 2014-2016 selon
l’Etude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la
nutrition (Esteban).
Il faut savoir que ce taux de 0,57 µg/g de créatinine est bien supérieur à celui d’autres pays comparable à la France (Etats-Unis, Allemagne, Canada).
C’est en tous cas plus que la concentration critique  pour un adulte de 60 ans (VTR) de 0,5 µg/g de créatinine dans les urines fixée par l’Anses.

* La créatinine est un déchet produit par les muscles, filtré par les reins et éliminé dans les urines, servant d'indicateur de la santé rénale.

Selon l’étude Esteban (Une étude de santé sur l'environnement, la biosurveillance,
l'activité physique et la nutrition) de Santé Publique France publiée en 2021 :
47 % des Français dépassaient déjà cette concentration critique, et 18 % chez les
enfants.
(47,6% de la population générale adulte (18-60 ans) dépassaient la concentration
critique de cadmium urinaire de 0,5 μg/g de créatinine pour des effets osseux
proposée par l’Anses)

Les expositions alimentaires

Chez les enfants la consommation des céréales au petit déjeuner augmente les niveaux d’imprégnation par le cadmium.
Chez les adultes, les facteurs d’exposition retrouvés sont le tabac entrainant une
augmentation de plus de 50% chez les fumeurs, et la consommation de coquillages et de crustacés.

Dans l’étude de l’alimentation totale française (EAT2) réalisée entre 2006 et 2010, les
plus fortes teneurs moyennes en cadmium dans les aliments étaient retrouvées dans les crustacés et mollusques, les abats, dans les biscuits sucrés, salés ou barres céréalières et le chocolat.

Chez les adultes comme chez les enfants, les contributeurs alimentaires majoritaires à l’exposition au cadmium sont les pains et produits de panification sèche (22% et 13% respectivement) ainsi que les pommes de terre et apparentés (12% et 14% respectivement).

Chez les 13-36 mois, les principaux aliments contributeurs sont les pommes de terre (24%), les légumes (18 %) et les pâtes (10%).

Mesures d’atténuation du risque de contamination

Comment faire pour réduire le risque de contamination au cadmium via l’alimentation ?

    • Manger au maximum des légumes et céréales complètes BIO
    • Réduire la consommation de pâtes, riz et semoule de blé
    • Réduire ou supprimer les céréales au petit-déjeuner chez les enfants.
    • Réduire les principaux contributeurs alimentaires que sont les pains et produits de panification sèche (biscuits, gâteaux, viennoiseries) ainsi que les pommes  de terre et apparentés.
    • Réduire la consommation de crustacées, mollusques et coquillages
    • Arrêter le tabac : par rapport aux adultes non-fumeurs (exposés ou non au
      tabagisme passif), l’imprégnation était augmentée de 53,64 % chez les adultes fumeurs. Cette augmentation était de 16,27% chez les ex fumeurs par rapport aux non-fumeurs.
    • Se supplémenter en zinc, vitamine B6 et en fer (si carence même faible) :
      La carence en fer favorise l'absorption intestinale du cadmium, augmentant ainsi le risque d'intoxication. 
      Le cadmium peut réduire l'absorption intestinale du fer, aggravant ainsi une
      carence en fer existante.
      Les carences en fer, zinc ou calcium peuvent favoriser l'absorption intestinale du cadmium, créant un cercle vicieux.
    • Se supplémenter en acide alpha lipoïque sous forme de gélules pour favoriser l’évacuation du cadmium de l’organisme (en raison de son effet chélateur,  l’acide alpha lipoïque doit être pris à minimum 2 heures d’intervalle d’un antiacide)


Sources bibliographiques :

    • Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), « Avis relatif à l’évaluation des risques sanitaires liés à
       la présence de cadmium dans les aliments », 2011.
    • Enquête parue en juillet 2021 de Santé Publique France :
      IMPRÉGNATION DE LA POPULATION FRANÇAISE PAR LE CADMIUM
    • Programme national de biosurveillance, Esteban 2014-2016
      Institut national de veille sanitaire (INVS), « Impact sanitaire du cadmium en
      France », Rapport, 2005.
    • Institut national de recherche et de sécurité (INRS), Fiche toxicologique n° 58 
      Cadmium et composés, régulièrement mise à jour.
    • Haute Autorité de Santé (HAS), « Risques sanitaires liés à l’exposition au
      cadmium », dossiers thématiques.
    • Webinaire sur le cadmium du 24 avril 2025 organisé par la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé - médecins libéraux (CN URPS ML)